Y aurait – il un après Web ?

L'Après Web 2

Une contribution de Michel Bauwens*

Michel Bauwens

 

Y aurait – il un après Web ?

Oui, dans le même sens qu’il y a un après-téléphone … c’est à dire. que quand une technologie devient omni-présente, quand le monde même devient tellement impregné d’un outil, cet outil lui-même disparaît de notre conscience …
Nous allons donc évoluer du World Wide Web vers le Web Wide World, comme l’a déjà dit Nova Spivack[i], qui a écrit le meilleur resumé en anglais[ii] sur la direction du Web d’un point de vue technique.
Ce qui est important, ce n’est pas le point de vue technique, mais plutôt le point de vue social ou sociétal.
Qu’est que le web 2.0 rend possible et que le web 3.0 va rendre évident et généraliser ?

Le futur de l’humanité, la prochaine phase de notre civilisation humaine, ne sera donc pas un remplacement de l’homme par les machines, comme le pense les transhumanistes, mais une intégration bien plus poussée de notre intelligence collective. Le futur sera relationnel ou ne sera pas!! L’après-Web couvrira toutes les technologies qui vont nous permettre de réaliser deux priorités essentielles pour la survie de notre espèce à savoir :

  • collaborer intellectuellement et culturellement sans être limité par notre localisation géographique,
  • produire les résultats de ces innovations collectives, le plus près possible de notre position géographique, car la forme actuelle de la mondialisation « physique » n’est pas durable.

Certains vont donc évidemment essayer de créer des technologies « propriétaires », qui nous enferment dans le rôle de consommateur « à peine actif », mais d’autres vont continuer à développer des technologies ouvertes qui généralisent la nouvelle dynamique de pair a pair et qui représente une véritable révolution sociale. Nous croyons cependant que les technologies ouvertes vont gagner, car elles créent plus de valeur(s) commune(s), aussi pour les participants « commerciaux », et rendent les acteurs « ouverts » hyperproductifs, comparer aux acteurs « fermés ».

La question du futur est donc : Quels types de technologies vont faciliter l’évolution vers un monde où de plus en plus de citoyens vont pouvoir se rassembler, pour collaborer a la creation de valeur(s) commune(s) ?

Pour cela, nous allons libérer le web de notre PC personnel, notre espace personnel consistera en un accès facile et integré de toutes nos ressources, qui se trouveront dans le « nuage informatique ». En même temps nous serons intégrés dans de vastes espaces collectifs, qui changerons au gré de nos engagements.
Ces espaces informationnels ne seront plus separés du monde physique, mais intensément intégrés dans celui-ci, présents dans les objets devenus intelligents, dans des capteurs multiples. Cette technologie va devoir nous aider à fabriquer des objets physiques, dans une économie politique devenue « durable », et qui ne pourra plus détruire la biosphère dont nous dépendons pour notre survie.

En parallèle, la miniaturisation informatique ne se limitera plus aux ordinateurs, mais ce sont les outils de productions physiques même, qui vont se miniaturiser.
Cela rendra possible une production plus localisée, car le besoin de capital financier deviendra moins important, et les moyens de production deviendront plus accessibles.

Aujourd’hui, il n’est pas difficile de voir que notre monde marche à l’envers. Nous croyons le monde physique infini, et nous le détruisons  par une méconnaissance de ses limites; dans le même temps, nous créons des raretés artificielles dans le monde de l’innovation immatérielle, par des restrictions légales de plus en plus rigoureuses et qui freinent de plus en plus le progrès scientifique, technique et social.

Ce système, qui détruit la planète, doit se muer dans son contraire, c’est à dire une reconnaissance des limites naturelles, couplée à une reconnaissance que la collaboration intellectuelle et culturelle globalisée ne peut en aucun cas être freinée, car elle est seule garante que l’humanité peut gagner la course contre la montre contre la destruction biosphèrique.
Nous avons vraiment besoin de mobiliser l’intelligence collective, où qu’elle se trouve, car les solutions ne sont jamais où l’on croit, mais toujours dans un effet inattendu du maillage du réseau.

C’est dans ce cadre plus large que nous devons comprendre l’évolution de la technologie après-Web, qui combinera collaboration mondiale dans l’immatériel, et production plus durable et locale dans le monde matériel.

Ces évolutions ne sont évidemment pas automatiques, car le design de la technologie est toujours éminement politique, mais pourtant, l’espoir peut être de mise, car pour la première fois dans l’histoire, nous avons maintenant vraiment les moyens de ‘fabriquer notre futur »!!

Michel Bauwens

[i] http://www.twine.com/item/11h5sf77y-34p/from-world-wide-w…

[ii] http://www.readwriteweb.com/archives/future_of_the_deskto…

*Michel Bauwens est belge, rédacteur en chef de la revue belge Wave; créateur de deux ‘dot.coms’ belges spécialisées respectivement dans la construction d’intranet/extranet (eCom) et dans le cybermarketing (KyberCo); European Manager of Thought Leadership for USWeb/CKS-MarchFIRST; directeur de stratégie eBusiness Belgacom jusqu’en octobre 2002. Prospectiviste. Co-rédacteur (et enseignant) de deux volumes sur l’Anthropologie de la Societé Digitale (Ichec/ Fac. St. Louis); co-créateur d’un documentaire pour la télévision, TechnoCalyps (sous-titre: the metaphysics of technology and the end of man); ainsi que sur le marketing peer to peer au Japon.
Depuis mars 2003, il vit à Chaing Mai, dans le nord de la Thaïlande, où il anime la Foundation for Peer to Peer Alternatives

Comments

Merci Michael pour cet article très intéressant.

J’aime bien cette notion de « Web Wide World ». Je la rapproche de la notion de « Metaverse » introduite par Neal Stephensons, non dans sa définition originelle, mais plutôt dans le terme meta-universe, au delà de notre univers. Et pour moi, cet état de « beyond universe », ne peut être achevé tant que la technologie n’est pas devenue transparente. Qui aujourd’hui s’extasie devant une poignée de porte ou un téléphone. Ils font partie de notre vie courante et on ne se demande pas comment ils fonctionnent. On souhaite juste que cela fonctionne quand on en a besoin et qu’ils nous permettent de faire ce que nous avons besoin de faire.

Comme vous le décrivez dans cet article, la technologie doit devenir « casual », transparente et profondément intégrée dans nos habitudes.

Denis avait publié une de mes contributions récemment à ce sujet : http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2008/06/03/metavers-une-nouvelle-dimension.html

- Yohan

Écrit par : Yohan Launay – ConceptSL | 24/09/2008

Bonjour Denis,

Je n’arrive plus à quitter ton site, passionnant! Je vais y passer mon samedi.
J’en viens à penser, puisque je prends l’été pour découvrir plus à fond les territoires de compétences des entrepreneurs (1 par jour) qu’il peut être intéressant une fois que le réseau social de P// sera mis en place que la CAE valorise 1 entrepreneur par jour.
à Bientôt

Olivier

Écrit par : olivier Jouan | 18/07/2009Denis Henri Failly

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