Vers un Web granulaire

L'Après Web

 

Hubert Guillaud

Une contribution de Hubert Guillaud* (2/4)

NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l’article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure… d’actualité.

« La conception web peut-elle devenir plus granulaire ? Par granulaire, on entend la possibilité de composer des sites web complexes à partir de “pièces détachées”, de fonctions unitaires externalisées auprès d’autres acteurs. Ainsi, on peut de plus en plus imaginer l’externalisation de processus tels que l’authentification d’un utilisateur (OpenId), la mise en place d’un système de réputation (RapLeaf), le stockage (Amazon S3) ou le traitement de données (Amazon EC2), la vérification des e-mails (Undisposable) de vos visiteurs, etc. Autant de bases de données et de fonctions qui, connectées les unes aux autres, finissent par constituer l’infrastructure même de services riches et complexes. Cela induit deux avantages majeurs explique Emre Sokullu pour Read/Write web : diminuer le coût et le temps de développement, et profiter à la demande de solutions puissantes et massives.
Mais “pourquoi alors l’implémentation de ces solutions – qui sont pourtant l’une des promesses du web 2.0 – reste -t-elle si lente ?”, s’interroge Emre Sokullu. Parce qu’avec ces applications on ne se contente pas de sous-traiter un service, on transfère une partie de son capital. Déléguer l’authentification, ou la gestion de la réputation, c’est-à-dire une partie de sa relation avec ses propres clients/utilisateurs, n’a rien d’évident. “Partager” son client pour construire des “suites servicielles” qui répondent de manière plus complète, ou plus personnalisée, à ses besoins est certes nécessaire, comme l’explique depuis longtemps Bruno Marzloff (par exemple dans Mobilités.net, pp. 54-58) – mais il s’agit bien d’abandonner, ou a minima de partager, la propriété d’une part de son capital, ce à quoi peu d’entrepreneurs sont aujourd’hui préparés…

 

Ces services sont aussi perçus comme incertains : comment faire confiance à des start-ups, voir même à des grandes sociétés comme Amazon, quand on ne voit pas toujours clairement où et comment elles tirent profit de ces services ? L’éventuelle indisponibilité fait aussi partie des risques invoqués : plus la chaine compte de maillons indépendants, plus les sources de problèmes potentiels se multiplient (pour ma part, j’aurais tendance à dire que c’est là l’argument le moins pertinent : la plupart de ces services sont extrêmement fiables et supportent très bien les montées de charge, c’est d’ailleurs l’un de leurs principaux arguments de vente).

Enfin, la mise en oeuvre n’est pas si facile. Les développeurs doivent comprendre de nouvelles structures de développement et intégrer des API (interfaces de programmation) toujours différentes pour expérimenter ces services.

Face aux nécessité toujours plus grandes de fonctionnalités, face à l’exigence d’innovation qu’imposent les petits comme les grands acteurs du web, on devine pourtant qu’il n’y a pas d’autres modèles à terme. Qu’on ne peut plus imaginer de vastes développements sans faire appel à des éléments extérieurs. Ça n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. Les sociétés de service font depuis plusieurs années de l’”intégration de services”, même s’il s’agit plus souvent d’agencer différents logiciels entre eux au sein des frontières du système d’information, que d’exploiter une multitude de web services.

Comme le souligne Didier Durand, cette structuration permettra bientôt de monter des sociétés sans infrastructures propres “en limitant son travail au strict apport de sa valeur ajoutée spécifique, sans répliquer les bases opérationnelles déjà disponibles en tant que service et pouvant fonctionner à l’échelle du web tout entier”. Les services vont donc pouvoir se croiser pour prospérer les uns grâce aux autres. Les sociétés pourront accéder à des centaines de millions d’utilisateurs par des canaux et dans des contextes les plus variés, sans avoir à résoudre des problèmes d’échelle ou de disponibilité de services… Une perspective qui est déjà en train de transformer radicalement le ticket d’entrée dans le monde de l’innovation technologique logicielle, et qui pourrait, pourquoi pas, souligne Didier Durand, redistribuer les cartes de l’investissement entrepreneurial.

Web granulaireCe web granulaire contient en germe une autre perspective qui pourrait s’avérer encore plus déterminante à l’avenir : la capacité de ces pièces détachées à “transformer les applications en environnements programmables”, comme le décrit Tim O’Reilly en évoquant Pipes, la dernière et remarquable innovation lancée par Yahoo! (Pipes pour “tuyaux”, en référence à ces lignes de code qui permettent de faire communiquer deux programmes informatiques, comme l’explique InFlux). Yahoo! Pipes est un service en ligne qui permet de mixer très librement des flux d’information ou des fonctionnalités, via un éditeur de programmation visuel et simplifié, pour créer de véritables applications composites, sans avoir besoin de savoir programmer. “L’usager technophile et “early-adopter” est donc aujourd’hui convié à évoluer dans une sphère socio-technique dont “on” lui offre de maitriser les outils, les environnements, les procédures, les techniques”, conclut Olivier Ertzscheid. On peut ainsi créer en quelques minutes une application qui va illustrer à partir de photos de FlickR les articles du Monde, du Figaro ou de votre propre site à partir des mots clefs présents dans le texte ; ou encore construire une application qui mixe les informations sur les restaurants de Chicago via Yahoo! Local et les photos de ceux-ci via FlickR.

Bien évidemment ce qui devient le plus important dans cet environnement, c’est la qualité des données et de leur structuration, comme le souligne très justement Alex Iskold pour Read/Write Web. Sans compter qu’il faudra aussi que ce type d’outils s’ouvre vraiment… En effet, l’essentiel des bases de données que Yahoo!Pipes permet d’utiliser à ce jour sont celles de de services appartenant à Yahoo. Faut-il y voir un signe que même les grands du Web 2.0 ont du mal à partager la propriété de leur capital ? »

Hubert Guillaud

*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d’InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.

 

Denis Henri Failly

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