Hyperconnexion

L'Après Web 2

Une contribution de Gérard Ayache*

Gérard AyacheLe département recherche de Microsoft a publié récemment un imposant rapport sur ce que seront les relations entre les hommes et les ordinateurs d’ici une dizaine d’années. Nos PC et téléphones portables vont très rapidement prendre un sacré coup de vieux, voire tout simplement disparaître. En effet, le matériel principal ne sera plus la machine mais l’homme, ou pour être plus précis son corps, son cerveau, sa pensée. La parole, les gestes, les regards, les intentions, bref, le moindre de nos influx nerveux nous connectera, nous identifiera, nous localisera, nous apprendra, nous dirigera. Cette perspective obéit à une dynamique d’hyperconnexion d’un nombre de plus en plus considérable d’êtres humains vivant sur cette planète.
Le processus a commencé dès l’apparition de la vie sur Terre interconnectant en un système unique – la biosphère –, les réseaux multiples du vivant. L’être humain, ses sociétés, ses inventions se situent dans ce long fleuve de l’évolution. Nos réseaux électroniques, Internet, le téléphone mobile, la géolocalisation, toutes nos technologies d’information les plus avancées ne sont que les avatars parmi d’autres de ce processus évolutionnel. L’hyperinformation est le facteur accélérateur de cette immense mutation. Longtemps ignorée parce qu’elle était cachée au fond de la matière et du vivant, l’information apparaît aujourd’hui dans toute sa puissance. Car les hommes, ayant percé les secrets de sa numérisation, ont fait jaillir une force qui construit sous leurs yeux, presque à leur insu, un superorganisme global formé de la mise en relation de centaines de millions de cerveaux hétéroclites.

L’hyperinformation circule, à l’heure actuelle, à travers les réseaux de télécommunications ; mais plusieurs laboratoires travaillent au projet de s’en affranchir pour connecter directement les humains entre eux et avec leurs machines. On peut utiliser désormais des réseaux corporels qui s’appuient sur la conductibilité de la peau pour transmettre un signal.  Les réseaux sans fil à l’échelle locale ou planétaire se sophistiquent de plus en plus, faisant transiter partout les images, les sons, les textes et toutes les données enregistrées par des milliards de capteurs sur la planète. Ceux-ci seront intégrés bientôt dans notre corps, sous forme d’implants d’identification ou de contrôle médical, mais aussi dans tous les objets de notre vie quotidienne.

Un immense super-réseau recouvre progressivement la Terre comme une peau de communication. Munies de puces communiquant entre elles, de technologies portables comme des bijoux, connectées à tous et à tout, ivres de communications disponibles mais à jamais inassouvies, des foules humaines nouvelles arrivent avec leurs cortèges d’utopies. Cet événement fait émerger des espoirs, mais aussi des fractures sociales, des risques et des questions proprement métaphysiques. Homo sapiens, submergé par sa puissance, sans doute pour la dernière fois. Ou Homo sapiens 2.0, plus intelligent, plus coopératif, plus libre de vivre et de sentir, ayant atteint peut-être le point culminant de son évolution.


*Gérard Ayache
est directeur de l’Institut Infométrie. Il vient de publier Homo sapiens 2.0, Introduction à une histoire naturelle de l’hyperinformation (Editions Max Milo)

Denis Henri Failly

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